Subventions industrielles de l'UE : sauvetage temporaire ou nouvelle norme ?
Un article du Financial Times révèle un changement majeur dans la politique industrielle européenne. Ce qui était perçu depuis des décennies comme un mal nécessaire se transforme en un outil permanent — et tout le monde n’en est pas réjoui.
Les États membres de l'UE ont dépensé en aides publiques 168,23 milliards d’euros en 2024 — soit moins de 1 % du PIB de l’ensemble du bloc. Le volume total des subventions a augmenté d'environ 50 % entre 2014 et 2019, donc avant la Covid. Après la pandémie et la crise énergétique, il a certes diminué, mais il n’est pas revenu aux niveaux d’avant la crise à ce jour.
Rien que pour les subventions énergétiques entre 2021 et 2023, il s’est élevé à environ 540 milliards d’euros. Sur ce total, 158 milliards ont été alloués à l’Allemagne, dont l’industrie était fortement dépendante du gaz russe. Au total, l’Allemagne représente près d’un quart de toutes les aides publiques de l’UE.
Dans certains pays, les entreprises peuvent obtenir des subventions couvrant 40 à 60 % des coûts des projets, tandis que d’autres (la Suède) en offrent nettement moins – le risque est que les investissements se dirigent vers les pays aux budgets les plus solides, et non vers ceux offrant les meilleures conditions.
C’est justement en Allemagne que le programme Industriestrompreis est entré en vigueur ce mois-ci — un dispositif temporaire d’allègement tarifaire pour les entreprises à forte consommation d’énergie. Des États plus petits comme les Pays‑Bas, la Suède ou les pays nordiques craignent que de telles mesures ne fragmentent le marché unique de l’intérieur.
Les partisans de subventions plus élevées invoquent l’American Inflation Reduction Act de 2022 avec ses généreux crédits d’impôt ainsi que les subventions massives de la Chine. Le président français Macron soutient à plusieurs reprises que l’Europe est le seul endroit qui ne protège pas ses acteurs nationaux. Mario Draghi réclame des centaines de milliards d’euros d’investissements, en grande partie publics, pour que l’Europe puisse faire face à la concurrence chinoise.
Les critiques avertissent que l’avantage comparatif de l’UE réside dans la taille et l’ouverture de son marché. Si nous le sapons avec des subventions fragmentées, nous renonçons à la seule chose que les États‑Unis et la Chine ne peuvent reproduire.
Le FT se demande si nous passons du « moins et mieux » à une politique industrielle permanente dirigée par l’État ? Et si c’est le cas — qui en paiera le prix ? Les grandes économies ont des leviers. Les petits États sont inquiets. Et le marché unique — l’arme principale de l’UE dans la concurrence mondiale — est sous pression.
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