La Chine a modifié la façon de mesurer son objectif climatique clé...

| Rédaction
Čína změnila způsob měření svého klíčového klimatického cíle...

...et "effacé" 730 millions de tonnes de CO₂ par an

Une analyse récente de Carbon Brief par Lauri Myllyvirta révèle que la Chine a rétroactivement modifié la méthodologie de calcul de l'intensité carbone (CO₂ par unité de PIB), qu'elle utilise comme principal indicateur climatique depuis 2009.

Les conséquences potentielles pourraient être majeures.

La métrique originale incluait les émissions provenant de la combustion des combustibles fossiles, y compris leur utilisation non énergétique (principalement l'industrie chimique). La nouvelle version, en revanche, exclut l'utilisation non énergétique des combustibles fossiles et ajoute les émissions industrielles de procédés (ciment, métaux).

Sur le papier, cela ressemble à un ajustement technique. En pratique, cela signifie que la Chine a officiellement presque atteint son objectif de réduction de 18 % de l'intensité carbone pour la période 2020–2025 (rapporté à 17,7 %), alors que selon la méthodologie originale elle n'avait atteint que 12,4 %.

Selon les données originales, les émissions de CO₂ de la Chine ont augmenté de 14 % entre 2020 et 2025, alors que selon la nouvelle métrique elles n'ont augmenté que de 7 %. L'écart représente 730 millions de tonnes de CO₂ par an — soit l'équivalent des émissions totales de l'Allemagne ou de la Corée du Sud.

Une partie de l'écart s'explique par le changement de périmètre : la baisse de la production de ciment (environ -300 Mt CO₂) et le carbone lié dans les produits chimiques (~100 Mt). Mais même en tenant compte de tous ces facteurs, il reste un écart inexpliqué d'environ 380 Mt CO₂, pour lequel les données disponibles ne fournissent aucune explication.

La rapide expansion de l'industrie chimique chinoise basée sur le charbon — où le rendement de conversion est nettement inférieur et les émissions de procédés pour les oléfines sont 10 fois plus élevées que celles du pétrole — signifie qu'une grande partie du carbone ne sera pas stockée dans les produits, mais s'échappera dans l'atmosphère.

Pourquoi est‑ce important ?

Avec la nouvelle métrique, la Chine peut respecter son engagement parisien (une réduction de 65 % de l’intensité carbone d’ici 2030 par rapport à 2005) même en cas de hausse des émissions absolues. Selon l’ancienne métrique, les émissions devraient diminuer. L’incertitude se répercute également sur l’engagement plus récent de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 7 à 10 % en dessous du pic d’ici 2035.

Comme le résume Ryna Cui de l’Université du Maryland : le problème n’est pas l’ampleur des objectifs, mais l’ambiguïté et l’incohérence entre la fixation des objectifs et le suivi des progrès, ce qui crée un espace de manipulation.

La transparence de la comptabilité climatique du plus grand émetteur mondial est essentielle à la crédibilité de l’ensemble du processus de Paris. Le rapport chinois sur la transparence destiné à l’ONU, attendu d’ici la fin 2026, devrait apporter davantage de clarté.

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